L’approche compatissante et collaborative adoptée à Vancouver a permis de réduire de moitié les réadmissions à l’urgence des utilisateurs de méthamphétamine

Le 14 décembre 2020

Par le Dr Bill MacEwan, responsable médical des équipes psychiatriques du tribunal communautaire du centre-ville de Vancouver et professeur clinicien au Département de psychiatrie de l’Université de la Colombie-Britannique (UBC)

Horizon a la chance d’avoir le Dr MacEwan comme blogueur invité. Apprendre des expériences et des succès des autres contribue au progrès du secteur des soins de santé.

L’abus de méthamphétamine cause de nombreux défis pour nos systèmes de santé, nos organismes d’application de la loi et nos programmes communautaires comme les bibliothèques, les centres d’accueil et les refuges.

Les personnes intoxiquées à la méthamphétamine peuvent avoir un comportement imprévisible, souvent violent, qui peut causer des dommages aux propriétés et des préjudices aux gens de la collectivité. Des psychoses se produisent chez jusqu’à 40 % des gens qui abusent de la méthamphétamine, particulièrement chez ceux qui en ont consommé plusieurs fois de suite, de jour comme de nuit.

Il est courant que ces patients psychotiques agités et intoxiqués à la méthamphétamine soient arrêtés par la police, puis amenés à leur hôpital local pour être évalués et traités au service d’urgence.

Les défis associés à l’évaluation des personnes intoxiquées à la méthamphétamine dans les services d’urgence des hôpitaux sont nombreux. Ceux-ci comprennent l’évaluation visant à déterminer s’il s’agit d’un trouble psychotique induit par une substance ou un trouble psychotique préexistant comme la schizophrénie. La décision quant à la cause sous-jacente de l’état psychotique d’une personne influencera grandement les choix concernant le traitement actuel et le suivi continu.

La psychose induite par des substances n’est souvent pas reconnue par un grand nombre de médecins d’urgence et de psychiatres. Les patients souffrant d’une psychose induite par des substances ne sont souvent pas considérés comme ayant un problème nécessitant un traitement continu et obtiennent donc rapidement leur congé de l’hôpital dès qu’ils se sont calmés.

La croyance est que le problème se limite à la méthamphétamine et la possibilité d’un problème psychiatrique sous-jacent est écartée. On observe une maladie semblable à la schizophrénie nécessitant un traitement chez 25 % des patients souffrant d’une psychose induite par des substances. De plus, si un traitement n’est pas essayé à ce moment-là, 35 % des personnes souffrant d’une psychose induite par la méthamphétamine finiront par avoir un trouble du spectre de la schizophrénie.

Cet ensemble complexe de difficultés dans le contexte d’une personne qui consomme de la méthamphétamine nécessite une approche large qui aborde le problème sous différents angles.

Entre 2013 et 2015, nous avons assisté à une énorme crise de la méthamphétamine à Vancouver. La situation a submergé les services d’urgence, et les personnes qui auraient normalement utilisé nos centres d’accueil et qui auraient été hébergées par nos refuges se faisaient bannir en raison de leur comportement violent et agité. Un tel niveau de violence et de désobéissance civile créée des problèmes importants dans la collectivité et mène souvent à un grand nombre d’arrestations pour des crimes mineurs.

Une collaboration était nécessaire entre les partenaires communautaires afin d’être en mesure de fournir des traitements efficaces aux personnes ayant des problèmes d’abus de méthamphétamine, des dépendances ou alors souffrant de psychoses. 

Le leadership est essentiel à tous les niveaux de l’intervention communautaire pour que ce soit une réussite.

L’approche que nous avons adoptée à Vancouver était menée par le conseil municipal de Vancouver qui, en partenariat avec Vancouver Coastal Health et le service de police de Vancouver, a déclaré une urgence de santé mentale en raison d’abus de méthamphétamine.

Cette coalition municipale a fourni le leadership nécessaire pour nous permettre de nous concentrer sur ces problèmes en rassemblant des représentants des autorités sanitaires, de la police, des groupes autochtones, de programmes comme l’administration provinciale du logement (BC Housing) et de la justice (tribunal communautaire du centre-ville de Vancouver, un programme de justice axé sur la déjudiciarisation, la santé mentale et le traitement des dépendances).

 Un exemple de ce qui a découlé de cette collaboration est l’élaboration du HUB à l’Hôpital St. Paul. Le HUB fournissait une capacité accrue aux services d’urgence de l’Hôpital St. Paul du centre‑ville, où la grande majorité des personnes souffrant des problèmes de méthamphétamine étaient examinées.

L’objectif était de mieux évaluer, traiter et faire le suivi des personnes aux prises avec des problèmes de dépendance et des troubles psychotiques liés à la consommation de méthamphétamine.

L’autre composante était un programme d’hébergement transitionnel à court terme (2 à 3 jours) basé sur le Rotary Center de l’Hôpital St. Michael, à Toronto. Le programme de logements de transition de St. Michael a connu un franc succès dans la transition des patients des services d’urgence vers la collectivité et il a permis de réduire de 70 % à 30 % en un mois le nombre de réadmissions aux services d’urgence.

Le financement du HUB provenait d’une fondation sans but lucratif (Street to Home), de la ville de Vancouver, de la Vancouver Police Foundation, de dons privés et de Vancouver Coastal Health.

Les approches ainsi adoptées ont permis à tous nos collaborateurs de mettre en place des mesures qui ont continué à renforcer les partenariats entre ces agences et à recueillir et analyser collectivement les résultats de nos plans et programmes.

Il serait naïf de prétendre que nous avons surmonté la crise de la méthamphétamine. Les drogues illicites et leurs effets sur notre population la plus vulnérable persistent à Vancouver. Toutefois, l’approche que nous avons créée avec nos collaborateurs a continué de se développer et elle nous a dirigés vers les meilleures mesures communes que nous pouvons prendre pour l’avenir. 

Pour obtenir d’autres renseignements sur la méthamphétamine et sur les endroits où obtenir de l’aide au Nouveau-Brunswick, cliquez ici.

Le Dr Bill MacEwan dirige le programme de psychiatrie urbaine à l’Hôpital St. Paul dans le centre-ville de Vancouver. En plus d’être le responsable médical des équipes psychiatriques du tribunal communautaire du centre‑ville de Vancouver, il est le responsable clinique du projet Hotel Study, une étude de cohorte sur la santé, la dépendance et la santé mentale auprès de 500 locataires de chambres d’hôtel à prix modique dans le quartier Downtown Eastside dans l’est du centre-ville e Vancouver, où il travaille depuis 19 ans.

En tant que professeur clinique au Département de psychiatrie de l’UBC, il s’intéresse aux nouveaux antipsychotiques dans le traitement de la schizophrénie ainsi qu’aux corrélats cliniques de la schizophrénie, de la psychose précoce et de la dépendance.