La résilience chez les travailleurs de la santé durant la pandémie de COVID-19

Brandi Person, Stagiaire du programme de résidence en psychologie clinique chez Horizon

Le 23 février 2021

En tant que psychologue clinicienne en devenir, je suis avide de transmettre mon savoir sur les façons dont les principes psychothérapeutiques peuvent s’appliquer à vous, les travailleurs de la santé, pour vous aider à bâtir votre résilience.

L’incidence de la pandémie de COVID-19

Toute la population vit actuellement un grand stress devant les multiples recommandations imposées par les autorités, la peur de tomber malade ou de voir l’un de ses proches tomber malade, la discrimination sociale, la stigmatisation, l’insécurité financière, les périodes d’isolement prolongées ainsi que les sentiments de perte et de deuil avec lesquels elle doit composer. Tous ces facteurs réunis mettent en péril la santé mentale et la résilience, mais vous, les travailleurs de la santé, écopez davantage.

Dans le cadre de vos fonctions, vous faites malheureusement face à d’autres difficultés qui vous rendent plus vulnérables devant la détresse et l’épuisement professionnel. Vous devez composer avec des politiques qui changent rapidement, vous adapter à des tâches qui ne font habituellement pas partie de votre charge de travail, gérer la peur et l’incertitude entourant l’équipement de protection personnelle (EPI) et gérer la détresse morale que vous éprouvez, en plus d’être témoins d’événements traumatisants.

Par conséquent, vous courez un risque accru de souffrir de problèmes de santé mentale durant la pandémie. Dans une étude publiée récemment, on note que plus de la moitié des travailleurs de la santé interrogés ont signalé vivre des symptômes de dépression (50,7 %), 44,7 % ont dit vivre de l’anxiété et 36,1 % ont fait état de troubles du sommeil.

Favoriser la résilience chez les travailleurs de la santé

On entend par résilience l’adaptation aux changements causés par des événements stressants en faisant preuve de souplesse et la capacité de se remettre d’expériences émotionnelles négatives. En d’autres mots, il s’agit de notre capacité de faire face à l’adversité.

Dans les soins de santé, la résilience se définit comme la capacité de prendre soin des patients et de soi-même tout en vivant de l’incertitude et de l’imprévisibilité, et, depuis bientôt un an, s’ajoute aussi à cette définition le stress de la pandémie mondiale qui s’est infiltré dans notre vie professionnelle et dans notre vie personnelle.

La pandémie de COVID-19 pose une grande menace pour notre résilience, et les recherches effectuées jusqu’à présent montrent que nous devons protéger la santé mentale des travailleurs de la santé durant la pandémie. Après tout, le maintien du roulement de notre système de santé et de la prestation de services de soins de santé dépendent de votre bien-être à vous, nos travailleurs de la santé.

Selon l’American Psychological Association, il est crucial de prendre des mesures pour favoriser la résilience psychologique des travailleurs de la santé durant la pandémie pour que vous puissiez continuer de travailler avec l’intensité et la concentration que vos emplois nécessitent. Grâce à notre formation dans la compréhension du mieux-être, de la détresse et des traitements psychothérapeutiques, mes collègues psychologues et moi sommes bien placés pour répondre à ce besoin.

L’application de principes psychothérapeutiques pour promouvoir la résilience

Voici quelques exemples de techniques psychothérapeutiques que j’ai choisi de vous faire connaître afin de vous aider à vous renseigner sur la nature du stress, sur les mécanismes d’adaptation et sur la résilience :

Thérapie de groupe 

Dans un contexte de groupe, les participants ont l’occasion de cultiver des liens déjà en place dans l’équipe de soins de santé. L’apprentissage en groupe et les discussions portant sur les expériences vécues peuvent favoriser la camaraderie, la compréhension, l’établissement de liens et le sentiment d’appartenance. Le fait de partager des histoires de réussite peut vous aider à trouver des sources de bonheur et à renforcer votre détermination. Les défis que pose la pandémie peuvent faire l’objet de discussions ouvertes et la résolution de problèmes peut devenir un travail d’équipe procurant un soutien précieux.

La thérapie cognitivo-comportementale (TCC)

TCC peut servir à illustrer la relation entre les pensées, les émotions et les comportements. Cette thérapie met l’accent sur le fait que même quand nous traversons des périodes d’incertitude où nous avons peu de contrôle, nous pouvons être maîtres de nos propres pensées. Pour commencer, il est bon de pouvoir reconnaître les distorsions cognitives. L’une d’entre elles est appelée la pensée catastrophiste. Les travailleurs de la santé sont formés pour anticiper les pires des scénarios en milieu clinique, mais cette façon de penser peut être source d’anxiété et de peur si elle est transposée dans d’autres contextes. Pour se sortir de ce moule, il est bon d’adopter des stratégies qui visent à modifier un comportement qui peut avoir une incidence sur les émotions, comme faire de l’activité physique ou socialiser de façon virtuelle.

La réduction du stress à l’aide de la pleine conscience

La réduction du stress à l’aide de la pleine conscience peut être employée dans la gestion du stress. Les exercices de respiration, un balayage corporel rapide et la méditation guidée sont d’excellents moyens de revenir les deux pieds sur terre. Ces techniques peuvent inspirer la confiance lorsqu’elles sont mises en pratique individuellement ou avec des patients. Vous pouvez tout simplement prendre deux minutes durant chaque quart de travail pour vous concentrer sur votre respiration et donner un peu de répit à votre corps. Vous pouvez programmer une alerte pour vous rappeler de prendre une pause pour relaxer et vous recentrer.

La thérapie comportementale dialectique (TCD)

TCD peut servir à recenser des zones grises là où des idées opposées coexistent. Il n’est pas rare qu’une même personne se dise « Je suis fatiguée, j’ai peur et je ne veux pas aller travailler » et « J’adore mon travail, c’est ma vocation ». La TCD nous encourage à garder ces deux pensées en tête et à les laisser coexister de sorte à réduire le stress associé au fait de devoir choisir entre l’une ou l’autre des deux pensées. Ce type de thérapie peut aussi porter sur les façons dont vous régulez vos émotions (p. ex. déterminer comment vos émotions peuvent se transformer rapidement en détresse et comment vous pouvez vous-même vous calmer).

Les techniques d’entrevue motivationnelle

Les techniques d’entrevue motivationnelle se penchent sur les façons de continuer d’avancer malgré la résistance et de susciter le changement. Elles peuvent être utiles pour appuyer les travailleurs de la santé qui ont de la difficulté à s’habituer aux comportements mésadaptés que nous impose la pandémie.

La thérapie interpersonnelle

Parler ouvertement du processus de deuil et des transitions de vie peut être utile pour se sentir normal et faire valider ce qu’on ressent, puisqu’on se reconnaît dans les autres, et plus particulièrement lorsque des collègues vivent un deuil (p. ex. travail auprès de patients mourants et de leurs familles, décès d’un proche en raison de la COVID-19 et difficulté à composer avec le sentiment de perte ressenti face au manque de rapports sociaux). Durant la pandémie, nous avons assisté à une transition dans le rôle des travailleurs de la santé, qui sont passés de cliniciens à héros. Pendant que la société applaudit les héros qui travaillent aux premières lignes, il se peut que vous ayez de la difficulté à vous faire à cette nouvelle identité, que vous souffriez du syndrome de l’imposteur ou que vous ayez l’impression de ne pas en faire assez et de ne pas recevoir une rémunération suffisante pour tout ce que représente ce titre.

Merci à tous les travailleurs de la santé de faire preuve de résilience durant ces temps difficiles.
Je vous invite à aller chercher du soutien si vous vous sentez dépassés par les répercussions de la pandémie.

Brandi Person est une stagiaire en psychologie d’Horizon qui partage son temps entre la neuropsychologie clinique au Centre de réadaptation Stan Cassidy (CRSC) d’Horizon et les services en santé mentale pour les enfants et jeunes dans le cadre de la PSI au Centre de santé Victoria d’Horizon.